I had a cauchemar

I-had-a-cauchemar

C’était tout à fait flippant. Un imaginaire plus vrai que vrai, comme une anxiété sourde et brune.

Comment allais-je avouer ça à mes amis, à ma famille ? Ou alors allais-je tenter de jeter un voile discret autant que précaire sur cette activité honteuse ? Combien de temps allais-je tenir sans que ce terrible secret ne s’ébruite,  la rumeur venant  de façon prévisible mais imparable cracher sur moi les postillons du déshonneur et du bannissement ?

Pour l’heure nous  avions rendez-vous et nous étions sur le point de  déjeuner. Il faut s’imaginer une sorte de grange le long d’une rivière, et nous étions attablées au fond de la salle haute, un grenier, ni plus ni moins. Derrière une poutre, dans la plus grande discrétion, nous devions finaliser mon contrat. Elle, blonde, souriante, la voix forte. Moi, chétive, fluette, acculée, déjà honteuse. Car oui, j’allais commettre l’irréparable, et parapher le document qui allait faire de moi et pour une durée indéterminée sa collaboratrice zélée. Moi c’était moi, et elle c’était la Présidente du Front National. Oui, j’allais travailler pour Marine Le Pen. J’étais Faustine signant avec Méphista le pacte des ténèbres.

 Quelle était ma mission ? Je l’ignore. Terrifiée par cet avenir, et sans doute réveillées  à demi par le bruit des bottes, mes pensées nocturnes vagabondèrent,  me ramenant des années plus tôt, à Paris, dans ce bar où, le jour de la fête de Jeanne d’Arc, j’avais vu débarquer toute une division  de frontistes égrillards. Bousculant chaises, pieds et jeunes filles timides , ils avaient envahi l’espace comme on envahit la Pologne. Avec fracas, rires de hyènes et sourires haineux qui promettent terreur, haine et désolation. Trente secondes de stupeur et de paralysie plus tard, ils promettaient de noyer des Arabes, (non sans avoir sûrement violées les veuves, les filles peut être ?), de couper des têtes, et de se faire des colliers et pendentifs avec les gonades rabougries de ces « salopards de communistes ». A ce moment là, j’avais connu la peur. Oui, la vraie. Le réel fondant sur l’onirique, Le bar, la grange, puis le bar, puis la grange, puis la peur, puis… le réveil. Ouf !

Oui mais voilà j’étais tout à l’envers, anéantie.  A l’envers à un point que je ne saurais décrire, les symptômes allant des légitimes crampes d’estomac à la sueur froide, en passant par le fredonnement intempestif et entêtant des chansons de Jean-Pierre François.  Etais-je à ce point sans solution que je n’avais d’autre recours que de postuler à l’extrême droite ? Y avait-il un lien sous-jacent avec l’actualité ? Comment relier tout cela à la mort de Margaret Thatcher ? Car oui, elle était morte la vieille. Enfin, je veux dire la veille. Comme un symbole, en nous laissant en héritage le résultat merdique de ses idées réactionnaires et libérales. Ce rêve immonde était-il à l’image de notre société malade ? Allions-nous tous basculer de l’incompétence au cauchemar, de la bêtise de nos élites à la marche forcée au pas de l’oie ? De la corruption crasseuse et vénale de cette classe politique perdue aux promesses infernales et dévastatrice de la blonde Marine Attila le Pen ? Il fallait quand même que j’avance, vers la salle de bains, vers des projets viables, crédibles , malgré eux, malgré les salauds, les incapables, qui n’en peuvent plus de jouer avec nous, et pire, avec le feu…

Je te survivrai et tu m’entendras, je te survivrai, la la la la la ….

Dom

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