J’ai résilié ma carte orange

…La larme dans l’œil du monsieur de la RATP n’ a pas infléchi ma décision. Il a pris mon « pass Navi-go », l’œil humide, ma jeté un dernier regard, et à passé l’engin dans la fente (enfin je veux dire la bande magnétique dans l’appareil pour la désactiver). La fin de mon abonnement prendra effet le 31 Mai à minuit. A cette date, à l’heure h, il deviendra officiel que je ne fais plus partie des clients RATP. J’aurai beau approcher mon pass des bornes de passage automatiques, je n’en déclencherai plus l’ouverture. Que ressens-je en sortant de la boutique ? Une pointe de regret ? de la nostalgie ? Une envie irrépressible d’aller faire pipi ? Non. Seulement le sentiment d’un timing impeccable et d’une mécanique du départ bien huilée. Lundi 28 Avril, je suis allée voir le boss (non, pas Bruce Springsteen…. pfff) le vrai, le commandeur en chef, le grand Timonier, le Petit Père du Peuple de mon entreprise, en un mot, le Jean Claude Tergal du Cac 40, mon patron. Et je lui ai dit merci ? Que nenni. Je lui ai dit « voilà, c’est fini »…. Oh, pas en ces termes exacts, mais ça revenait au même… N’allez pas vous imaginer que j’ai démissionné, hein. Je vois déjà certains regards suspicieux… Rassurez-vous d’abord, j’ai pas l’intention de me tourner les pouces au soleil… retrouver un job est ma priorité absolue des prochains mois (et des mois passés aussi d’ailleurs….Héhé). Rassurez-vous ensuite, je n’ai fait qu’anticiper les événements de quelques jours. L’entreprise, grâce au sens inné de la stratégie de son ‘líder máximo’, que j’ai décris auparavant, est condamnée. Elle ne passera pas l’automne, peut être même pas l’été, alors… Alors il m’a regardé et m’a dit… « je comprends …. La situation est désespérée. Je cherche des financiers… »

J’ai compris qu’il n’y avait plus d’espoir… Qui voudrait investir là-dedans ?… Si certains sont intéressés, d’ailleurs, qu’ils me le fassent savoir, je transmettrai les dossiers… ». Sachez quand même que dans son esprit torturé, « chercher des financiers » signifie trouver un couillon argenté qui voudrait bien apporter son argent pour pouvoir payer les fournisseurs, le garder comme patron et unique décideur, et maintenir son incroyable salaire, ainsi que ses avantages… Vous comprendrez mieux le regard incrédule que je lui ai lancé, une fois qu’il eut fini sa phrase…

Toujours est-il qu’il a réfléchi 2 nano-secondes après que je lui aie dit « j’en ai marre, j’y crois plus »… et qu’il m’a proposé direct un licenciement économique… Je dois dire que je ne l’avais jamais vu réagir aussi vite. Vingt minutes plus tard je signais déjà l’accusé de réception (remise en mains propres… au pluriel s’il vous plait. C’est vrai, vous avez déjà essayé de n’en laver qu’une vous ?..) Bref…. L’accusé de réception de ma lettre de convocation à l’entretien préalable… Quelque chose me dit qu’il n’attendait que cela…. Je suis soupçonneuse aussi…. Parfois, je vous jure !

Alors voilà, entretien, puis négociation (pas sur l’argent… j’ai rien demandé). J’ai soldé une partie de mes congés, etc… je vous passe l’administratif, ça m’emmerde….

Aujourd’hui est mon dernier jour. Et ce soir, mon dernier trajet en RER (enfin, je veux dire pour revenir du boulot car qui peut dire qu’il ne prendra plus jamais le RER ?… même vous, à des centaines de Km, ça pourrait vous arriver un jour, on n’est pas à l’abri de ces choses là).

Un vendredi où tout le monde fait le pont, j’ai donc vu ce matin pour la dernière fois le carré de ciel s’agrandir au gré de mon ascension de l’escalator. A l’heure qu’il est je m’interroge sur la façon de fêter mon dernier trajet de ce soir… J’hésite… me déguiser en Mickey et prendre un haut parleur pour dire au revoir aux passager ?… Je crois que c’est du déjà vu… En plus, on est en plein sur la ligne qui va à Disney… ce sera jugé peu incongru par le flot des touristes… Pleurer ? Oh, non, j’ai pas vraiment le cœur à ça… Prendre ma guitare et brailler « Hôtel California » dans la rame ?… J’ai trop mal aux doigts, vu que j’ai repris l’instrument il y a quelques jours après des mois d’abstinence, et que l’effet de l’acier se faire encore sentir sur ma main droite (eh oui, je suis gauchère…). Non… faire des photos ?.. Vous allez rire, j’ai oublié mon appareil photo. Mais c’est pas grave, il me reste assez de souvenirs pour entreprendre un anthologie, sauf que je ne vois pas qui cela pourrait intéresser. Bon, finalement, ce sont les collègues qui vont me manquer le plus. Alors je leur dédie cette résiliation de mon « pass navi-go ». Peut être même qu’un jour, je leur donnerai l’adresse de ce blog… et qu’ils voudront bien l’enrichir avec leurs anecdotes, leur expérience (plus longue que la mienne) de la collaboration avec notre big boss, l’homme d’affaires aux mille et un surnoms. Ils apporteront un autre angle de vue, ce sera drôle. Et puis surtout, eux, ils auront vécu la fin de l’histoire, le chant du cygne de notre « Bill Gates » à nous…. Ils pourront dire « j’y étais »

Dom

À propos de Dommage

http://dommage.eu/qui-suis-je/
Ce contenu a été publié dans En direct de nos transports, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.