Matin ordinaire

(chroniques du RER chapitre 3)

Evidemment, on peut dire ce qu’on veut, ce sont finalement les incidents de parcours qui rompent la monotonie de la routine. Et, paradoxalement, ils en sont les ingrédients nécessaires.

Ce matin, 6h47, un tremblement de terre force 8 secoue la plage…Me voilà pleine de sable, c’est malin ! Pire ! ça me gratte dans l’œil, et d’un seul coup, tout me revient comme un tsunami. Je suis dans mon lit, j’habite chez moi, et le réveil n’a pas sonné.

Tabernouche ! branle bas de combat général. Je sors finalement gagnante de mon combat contre la pantoufle gauche, l’édredon et l’interrupteur, et me voici en finale, face à moi-même dans la glace de la salle de bain. Aujourd’hui c’est sûr, je serai en retard au boulot. C’est pas grave, les clients aussi sont en retard depuis le début de l’été (enfin je veux dire de l’étomne). Ils ne sont même pas venus d’ailleurs. Il faudrait que je m’en inquiète, mais chaque chose en son temps. Objectif premier : réduire le retard au minimum, brûler les étapes, me dépêcher quoi : je file vers mon destin, au rez de chaussée : promener le petit déjeuner, revenir de la gare, et faire chauffer le chien… !?? A moins que ce ne soit l’inverse ?… c’est horrible, de se réveiller comme ça, on ne sait plus où on en est. Bon, on ne se disperse pas. Il est 7h39…j’ouvre la porte et me voici dehors, face au blizzard (je rappelle qu’on est au mois d’Août, et que les conditions sont traditionnellement difficiles en cette période). C’est un record pour moi, j’ai mis moins d’une heure, et je sors de chez moi avec 2 chaussures identiques ! D’ailleurs, elles sont trempées. J’ai réussi un moment à slalomer entre les flaques, mais je manque d’équilibre au réveil…. Aujourd’hui encore, « la pluie fait des claquettes » et moi aussi. Ça y est, je sens que je suis bien réveillée maintenant, surtout au niveaux des pieds…

Les horaires des prochains RER clignotent…ça veut dire qu’ils ne s’arrêtent pas dans ma gare…. 12 minutes à attendre sur le quai…désert…au début, puis bondé. Eh oui, nous sommes environ 250 à travailler en ce mois d’Août à Paris, si j’en crois notre chiffre d’affaires de la semaine…Eh bien les 250 sommes tous sur le quai ce matin ! Résultat, aucune chance de trouver une place assise dans le train qui entre en gare. Je rappelle pour mémoire que les beaux trains à 2 étages ne circulent plus depuis longtemps dans le monde auquel j’appartiens. La dimension que je fréquente n’est peuplée que de trains moches et malodorants, sans place assise….

8h10, entrée en gare de Noisy-le-Grand. Accrochée comme je peux à la barre au dessus du siège, je repère du coin de l’œil un mouvement furtif sur la banquette. Le monsieur a rangé son livre…Bon sang, il s’apprête à descendre ! La place est pour moi…. A moins que… l’autre l’a vue aussi. M…. alors. J’évalue les forces en présence… Moi, 64 kg depuis mon retour des vacances, et pas que du muscle…les pieds glacés, fatiguée par un réveil brutal, mais une rage de vaincre inébranlable (la grinta comme on dit…) Je l’aurai ce siège. Mon adversaire : 86 Kg au bas mot, blonde, lunettes, le regard haineux qu’elle me lance en dit long sur ses intentions… Nous nous jaugeons qq secondes, œil pour œil…C’est Rocky IV et Appollo Creed l’espace d’une entrée en gare. L’œil du tigre, qu’il disait… Elle a détourné le regard. Non mais ! c’est à cet instant que j’ai su que j’avais gagné. Et plof, je tombe en masse sur le siège gluant, chaud et moite à la fois. Est-ce que j’ai vraiment gagné finalement ? Ma perdante me domine maintenant de toute sa taille (un 48 au bas mot !) Elle a comme une lueur de sourire narquois dans l’œil. Bon sang, qu’est-ce qu’il y a sur mon siège ? Tant pis, à la guerre comme à la guerre… La vie continue, c’est un matin comme un autre, un matin ordinaire…Comme disait Francis, je « prends ma place dans le trafic… »

Dom

À propos de Dommage

http://dommage.eu/qui-suis-je/
Ce contenu a été publié dans En direct de nos transports, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.