Souffrance au travail

couloir

Je viens d’être admise dans le service. J’ai pris ma place sans bruit, près de la fenêtre, patiente calme et sans histoires, j’entends bien ne pas faire de vagues auprès du personnel.

Les murs blancs reflètent les rayons lumineux du soleil. Un temps de fin de Printemps. C’est presque l’été. Dommage de s’enfermer entre quatre murs mais la santé ne transige pas. Dehors les oiseaux gazouillent et m’appellent. Dedans je regarde ma chambre. Vide (presque), calme, aseptisée. Le temps s’écoule sans un cri, sans un sursaut. Je me sens bien, rassurée. J’attends le Docteur.

Un seul problème : ma voisine de chambre. Elle est en fin de vie. Je ne sais pas ce qu’elle a. Elle veut communiquer, me parler. Elle cherche mon regard, mon approbation. Elle regarde les écrans et je l’entends expirer. Elle halète, râle ses derniers instants, soupire, souffle, expire, grogne, geint, gémit, pleure, sniffe, renifle, grommelle.

Personne ne vient. Je ne sais pas ce qu’il faut faire. J’hésite à appeler l’infirmière de garde pour qu’elle vienne augmenter ses doses. J’attends, ça va peut-être passer.

Au début, j’ai voulu lui parler, être aimable. Erreur ! Elle en a profité pour me raconter ses maladies, ses bobos du matin, son transit, ses renvois, sa digestion, ses indigestions, sa toux, ses écoulements nasaux, et autres. Depuis je reste dans mon lit, j’évite de tourner la tête. Parce que si je croise son regard …

Non en fait ça ne passe pas. Peut-être l’extrême onction, le Prêtre, si j’avais son numéro… Pourtant elle se lève, elle marche. Elle vient jusqu’à mon lit, me regarde, me fixe. Je fais alors semblant de dormir, mais parfois elle me surprend. De son regard triste de cocker elle me considère et cherche une écoute. Alors se déversent les flots plaintifs et larmoyants.

Quand est-ce qu’on l’opère ? ça y est, elle retourne à son lit, elle est en souffrance. Nouveaux gémissements, soupirs, impatiences et manifestations de désespoir. Achevez-là !

Chers amis, aidez-moi à sauver ma nouvelle voisine de bureau car nous ne sommes pas à l’hôpital, mais sur un lieu de travail. Elle n’est pas en fin de vie elle est en mission. Elle n’agonise pas, elle travaille sur Excel. Alors pourquoi gémit-elle autant toute la journée ?

Et je ne peux même pas appeler une infirmière ! Ou alors envoyez-moi des boules Quiès  ….

À propos de Dommage

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