Virés, lourdés, limogés !

« Monsieur, je ne suis pas votre petite sœur ! ».

Jean Gilles G. avait parlé. Vice champion communal de Jiu Jitsu dans sa jeunesse, il arborait maintenant un regard menaçant, esquissant presque un début de position de combat.

Le pauvre Yann n’en croyait ni ses yeux ni son ange gardien

« Mais j …

-Attention, je ne vous permets pas de me manquer de respect comme cela. »

Le Jean Gilles, les yeux exorbités se balançait d’un pas sur l’autre.

« Mais Monsieur G. il ne faut pas

– Ah ne vous mêlez pas de ça mademoiselle ! »

J’avais fait tout ce que je pouvais pour sauver notre collègue, mais c’était trop tard…Il avait parait-il laissé entendre que notre directeur de mémoire avait manqué d’honnêteté. Et, l’honnêteté n’était visiblement pas un sujet de plaisanterie chez les G. Cette faute, ajoutée à son image de branleur de bonne humeur, sourire au coin des lèvres, avait eu raison de sa carrière en fac…

« Vous êtes virés. Comptez sur moi pour faire une lettre vous concernant au Président de l’Université »

Yann avait rougi dans la nuit. Devait-il jouer son va-tout ? Défier un ancien boxeur en colère ? Renoncer à son diplôme. ? Finalement, en avait-il vraiment besoin ? (du diplôme). Il était reparti pétrifié, en direction de sa voiture… Nous laissant JG « Balboa » et moi aux portes du stade, sur le parking de la nuit sans lune…Viré Yann.

Je ne sais pas pourquoi je repensais à cet échange baroque hier, mais il m’a ramené d’un coup en mémoire plusieurs scènes « exotiques » de licenciements auxquelles il m’avait été donné d’assister, en tant que témoin ou actrice d’ailleurs…

Fin Janvier 91, en pleine guerre du Golfe, j’arrivais pour ma première journée chez LOL Editions… Stressée jusqu’à la moelle j’interrogeais mon nouveau patron sur l’endroit où je devais déposer mes affaires. Visiblement, il n’avait pas eu le temps de réfléchir à la question… Effectuant un 360° au milieu des locaux vitrés, son regard s’arrêta sur un de mes (ex) nouveaux collègues.

« Attends, bouge pas » me dit-il…

« J’ai une idée ».

Le voilà qui prend le couloir, entre dans un bureau et s’adresse au commercial. Je les vois échanger quelques mots, l’autre se lève, incrédule, l’air groggy…prend ses affaires, enfile son blouson et se dirige vers la sortie…

« Voilà », me fait mon nouveau patron tout content. « Tu vas t’installer à ce bureau. » Le collègue le plus furtif de toute ma carrière professionnelle s’appelait Alain. Il avait l’air plutôt gentil. Ce fut notre unique contact… Je n’allais connaître de lui que les comptes rendus commerciaux, qu’il avait pris soin de rédiger scrupuleusement sur des fiches. Avant de partir. Lourdé Alain !

Quelques années plus tard, dans la même entreprise…Le même patron. Il avait depuis amélioré sa vitesse de « traversage » du couloir … L’autre, un journaliste recruté six mois plus tôt, eu juste le temps d’effectuer une rotation derrière son armoire… Le patron fou (de colère) sans doute poussé à bout, hurlait comme une bête fauve. Nous étions cloués, bouches bées, qui au téléphone, qui à son siège, qui à sa croix (non, là je déconne…). Devinez quoi, lui aussi, il s’appelait Alain… Alain, Le prénom qui énervait mon patron de l’époque, sûrement…

« Et maintenant tu dégages !!

– b…m…ma t’

– Ta gueule ! tiens tu pppprends tes affaires et tu te ccccccccasses !

Il lui envoyait littéralement à la figure ses cahiers, stylos, agendas… Nous ne savions pas s’il fallait faire le 17, le 18, ou semblant de rien… ce que nous fîmes, finalement, par prudence et instinct de survie. Alain avait dévalé les escaliers en courant, comme s’il avait vu le diable en personne. Licencié Alain !

Plus subtile, et dans une entreprise où l’on n’en venait pas aux mains (ou alors on aurait loué les services de professionnels)… je me souviendrai toujours de Jean Gérard B. (…certains anciens collègues qui liraient ces lignes s’en souviennent sûrement aussi…). Jean Gérard était notre Directeur Commercial. Peu importe le fait qu’il avait, dans une ultime tentative pour sauver sa peau, tenté de nous viré nous… Le fait est que ce jour là, nous avions réunion avec le grand Président du Directoire. Grande salle de réunion, conférence téléphone pour les Directeurs régionaux. Nous nous installons autour de l’immense table…le big boss vérifie les connexions, dit bonjour à tout le monde, et nous annonce qu’il nous a réunis pour nous communiquer la nouvelle organisation. Il fait distribuer un papier sur lequel on peut voir le nouvel organigramme… Rien de tel qu’un schéma au fond pour voir à quelle place on se situe. C’est sans doute ce que se dit Jean Gérard pendant qu’il ajuste ses lunettes et qu’il cherche désespérément son nom sur la feuille… Je n’oublierai jamais le regard de Jean Gérard ce jour là. Le jour où il apprît devant un organigramme de papier que la suite de l’histoire allait s’écrire sans lui.

« non, non, il n’y ni erreur ni omission sur cet organigramme ». C’est clair comme précision Jean Gérard ? Limogé Jean Gérard…

Pauvre Yann, pauvres Alains, pauvre Jean Gérard, pauvres de nous…Oh des licenciement, vous me direz, ça arrive tous les jours. C’est la vie !

On m’a même dit que parfois, des licenciements se faisaient dans des parkings, entre 22h et 23 h… et que le salarié, entouré de ses 2 patrons associés (eux 1m85, 90 kgs, lui 1m68 et 65 kgs) signait lui-même spontanément sa lettre de démission. Vous voyez bien que parfois ces incidents de la vie se passent de façon civilisée, entre gens raisonnables… Si c’est pas une preuve ça !

Dom

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